Guts, le philantrope musical

Voici un artiste français qui a traversé les époques en sachant toujours s’adapter, du hip-hop boom bap des années 90 aux sonorités tropicales plus actuelles, de Alliance Ethnik jusqu’à son 6ème album solo “Philantropiques” sorti en 2019. Avec Guts nous allons traverser le temps et disséquer chacun de ses albums et projets, évoquer son label Pura Vida et même parler d’avenir.

Comment pourrais-tu te présenter ?
Je pourrais me présenter en tant qu’addict et passionné de musique depuis plus de 30 ans, puisque dans les années 80 j’ai été touché par le plus bau des virus, celui du hip-hop, un syndrome que j’ai eu assez tôt et qui a bouleversé et changé totalement ma vie, et la rencontre avec le hip-hop a guidé toute ma vie jusqu’à présent et a fait ce que je suis devenu aujourd’hui.

Commençons par le commencement : avant Alliance Ethnik, comment as-tu commencé la production, à devenir musicien, producteur ou DJ ?
J’ai découvert la musique surtout à travers la radio, et à force d’enregistrer mes cassettes d’émissions de radio et surtout hip-hop, j’ai commencé à sentir une attirance pour le domaine du Djing, le délire vinyl, la recherche musicale, le digging quoi, et donc je notais, je notais tous les titres qui passaient à la radio et j’allais à la Fnac acheter les vinyls et c’est comme ça que j’ai commencé à découvrir ce monde de diggeurs, de collectioneurs de vinyls, de DJ ; donc voilà l’appel des vinyls et des platines surtout et puis très vite, le premier domaine artistique où je me suis exprimé c’était les platines et c’était le Djing.

Comment en es-tu devenu producteur pour Alliance Ethnik ?
En montant le groupe Alliance Ethnik, grâce à mes partenaires de groupe j’ai découvert le beatmaking : avant la MPC j’ai découvert la SP12 et la SP1200 et l’Ensoniq. Je me suis totalement révélé même encore plus dans ce domaine de producteur et de beatmaker qu’aux platines ; déjà j’adorais les platines mais alors là ça a été une révélation absolue, et effectivement début des annes 90 je délaissais les platines pour me consacrer pleinement au beatmaking. Au début on était 2 à faire les sons avec Romuald, mais Romuald a quitté le groupe et je me suis retrouvé aux machines et je me suis entouré de deux DJ qui étaient Crazy B et Faster Jay, qui participaient aussi bien sûr à la composition avec moi, c’était un travail de groupe comme tous les groupes mais moi j’étais surtout aux manettes, aux machines et aux sampleurs.

Quel titre retiens-tu de cette époque ?
Un titre que j’adore de l’époque c’est le tout premier “Playback”, qui était la première trace vinylique d’Alliance Ethnik, le premier maxi qu’on a sorti et ma petite fierté c’est d’avoir samplé le même sample que A Tribe Called Quest mais avant eux et du coup j’étais super fier de ce morceau-là qui était un pur morceau hip-hop boum bap dans la grande tradition avec un gros sample de jazz; ça a été un morceau pour moi fédérateur et surtout qui a lancé la carrière du groupe, qui a duré une dizaine d’années.

J’ai l’impression qu’en Alliance Ethnik et ton premier album “Le Bienheureux” il y a un trou de quelques années ?
(rires) Et bien c’est une impression parce que quand on est pas sur le devant de la scène, on est derrière la scène, dans l’ombre… Dans cette période j’étais plus retiré, plus en arrière, mais totalement actif dans ma musique puisque j’étais réalisateur de projets, en studio, je coachais les artistes, j’ai travaillé avec un bon nombre d’artistes Hip-Hop : Sages Poètes de la Rue, Passi, Raggasonic, Svinkels et j’en passe… Et du coup j’étais en studio avec les artistes mais plus à réaliser des projets et coacher des artistes.

C’est le moment où ton parcours privé ou professionnel t’amène à poser tes valises à Ibiza.
Ce qui s’est passé c’est que une fois que j’avais fait un peu le tour de mon délire de réalisateur d’accompagnement des artistes en studio, je me suis totalement focalisé sur moi et pas sur les autres, je n’étais plus au service des autres; ça tombait dans une période où j’étais un peu rincé et fatigué de Paris, et avant même de changer de vie, de quitter Paris, j’ai enregistré “Le bienheureux” à Paris en sachant que j’allais partir vivre en Espagne et puis ça a été un tournant dans ma carrière où là j’ai composé “le bienheureux” à Paris, je suis parti vivre à Ibiza et j’ai commencé une carrière solo, tout simplement.

Passons maintenant en revue chacun de tes albums…
“Le bienheureux”, premier album solo d’une série de 6 albums ; c’est un album que j’avais signé à l’époque sur wax’on records, le label de Nightmare on Wax; il y a un morceau qui avait vraiment fait son effet à l’époque, et que tout le monde me demande tout le temps de jouer c’est “And the living is easy” qui est un morceau qui je pense m’a mis dans la lumière pour un nouveau public; c’est un album que j’adore et qui est vraiment un album majeur dans mon répertoire.

Freedom” c’est un album beaucoup plus introspectif ; je quitte le label de Nightmare on Wax et je décide tout simplement de faire quelque chose en autoprod en système démerde mais toujours évidemment avec l’intention d’essayer d’être dans quelque chose de qualitatif, d’être pointilleux, d’être exigeant, mais je fais tout ça tout seul, c’est là où je monte plus ou moins la fameux “Pura Vida music” et “Pura vida sounds” et cet album sort sans label; il y a un morceau dans cet album qui s’appelle “I want you tonight” qui va porter un peu l’album et porter le projet puisqu’il va être playlisté sur Radio Nova en haute rotation et ça a permis à cet album d’avoir son petit succès d’estime.

Le troisième album “Paradise for All” est encore un album de beatmaker ; c’est l’album qui va me permettre de signer avec Heavenly Sweetness, et là c’est le début de mon histoire avec Heavenly Sweetness et donc je signe grâce au titre “What is love” que le label compile et en même temps, boum ! Ils sortent l’album dont est extrait ce morceau. Il y a un titre aussi qui va être mis en lumière et porter le projet c’est “Brand New Revolution”.

Le quatrième album c’est le fameux “Hip-hop after All” qui est le premier album collectif de ma carrière solo avec une pléiade d’invités ; ça a été une aventure incroyable à New York, Los Angeles, où on est allé enregistrer tous les featurings et les invités de l’album. Il y a 2 morceaux qui portent le projet c’est “Man Funk” avec Leron Thomas et “Want it Back” avec Patrice et cette fameuse chorale d’enfants de New-York.

Le cinquième album c’est « Eternal » qui est aussi un album collectif mais du coup c’est un album qui fait écho à toutes les tournées et concerts de l’époque puisque je vais prendre tous les protagonistes de cette tournée et c’est avec eux que je vais enregistrer cet album “Eternal”; et il y a un titre que j’aime beaucoup qui est le dernier titre de l’album et qui s’appelle “Dance Love & Die” ; c’est un titre que m’a inspiré Leron Thomas le fameux trompettiste, un morceau purement dans la veine afrobeat, et j’avais envie de finir l’album comme ça.

Il y a juste après un petit album qui s’appelle “Stop the violence” et qui faisait aussi écho à mon parcours sur scène ; j’ai enregistré cet album parce qu’à un moment j’ai collaboré avec Beat Assaillant qui faisait partie de mon live band et j’avais aussi un chanteur qui s’appelle Wolfgang et ce petit monde a participé à l’album.

Le dernier album s’appelle “Philantropiques” et il y a une espèce de tournant beaucoup plus axé sur la musique tropicale, musique des îles, et ça fait écho aussi à mes DJ sets parce que c’est à cette époque-là que j’ai repris à fond les DJ sets et je me suis aperçu naturellement que mes DJ sets étaient de plus en plus axés sur la musique tropicale, donc j’ai voulu faire un album qui soit en adéquation avec ma sensibilité du moment. J’ai voulu sortir de ma zone de confort, me mettre un peu en danger, me confronter à de nouvelles vagues, de nouvelles sonorités, travailler avec des nouvelles personnes puisque c’est aussi un album collectif, mais je le prends plus comme un album expérimental et j’avais envie de relever le challenge. “Kenke corner” est le titre single de l’abum , le morceau phare de l’album et incontournable de mes DJ sets.

Quels sont les projets futurs de Guts ?
Hormis le prochain album qui va être encore axé sur la délire de “Philantropiques” puisque c’est un album que je vais axer entre Cuba le Sénégal et Paris, enfin entre La Havane, Dakar et Paris, et il y aura donc de fortes sonorités afro-cubaines et jazz ça c’est sûr, je me donne un dernier projet collectif avec cet album ambitieux que je vais enregistrer à Dakar au mois de février, puis je pense que je vais revenir ensuite à mes premiers amours, à des choses plus minimalistes, plus hip-hop, qui feront beaucoup plus écho à mes albums de beatmaker.

Parallèlement, le label Pura Vida te permet non seulement de sortir tes projets solo mais aussi tes séries “Straight from the decks” et “Beach diggin’”
Alors ça c’est une grande histoire avec le label Heavenly Sweetness qui me donne une liberté, une carte blanche sur toutes mes inspirations et toutes mes envies de sorties et avec Mambo on a réalisé une série de 5 compilations “Beach Diggin’”, et puis après ça a du me manquer et j’ai repris les compilations tout seul, les fameuses “Straight from the decks” qui font écho mes DJ sets évidemment et il y a aussi plusieurs artistes au sein du label que je réalise, je chapeaute, je coache, et ça m’éclate aussi ; entre autres Pat Kalla et Super Mojo, K.O.J., un artiste originaire du Ghana, Cotonete et El Gato Negro aussi.

Cette interview est en écoute illustrée dans l’émission « L’Antichambre » sur Ellebore !

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