Kate-Tempest

Qui sème le vent récolte la (Kate) Tempest.

En artiste totale et poétesse moderne, Kate Tempest est revenue avec Let them eat chaos à l’automne dernier, un album conduit par une plume mordante entre fiction et état des lieux d’un monde à la dérive. Poignant et poétique.

Rappeuse, nouvelliste, dramaturge et poétesse, la britannique compte déjà à son actif une collection de poésie, trois pièces de théâtre, un recueil de nouvelles, en plus de ses deux albums solos. Des travaux littéraires qui lui ont valu le prix Ted Hughes et d’être accueillie dans la très prestigieuse Poetry Society, et une nomination aux Mercury Prize côté musique. Kate Tempest ? Une jeune trentenaire hyper-active et une visionnaire qui a des choses à dire.

Ce nouvel album est bien plus sombre et engagé que le précédent, Everybody Down. Sensible et à l’écoute de son époque, Kate Tempest écrit depuis qu’elle est gamine quand ce qui déraille dehors déménage dedans. « Je m’inquiète beaucoup, d’où est-ce qu’on va et où va le monde. Grâce à l’écriture, ça entre d’un côté et ça ressort de l’autre« . Ce qui fait de Let them eat chaos un genre de manifeste à vif ancré dans les réalités de son époque.

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« Le rôle de l’artiste, c’est d’examiner ce qui se passe dans notre époque, de communiquer et de nous rappeler à notre humanité.« 

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Dans Let them eat chaos, l’intuitive Kate Tempest aborde et sublime des sujets au présent tels que la lutte des classes, la pauvreté, la violence d’une jeunesse en déshérence, la drogue, le manque de solidarité, les hésitations et la déliquescence de l’Europe, les attentats et l’isolationnisme qui en résulte. Même si tout n’est pas noir chez l’humaniste Tempest qui espère un sursaut, un réveil et de l’amour.

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« Imaginez un vide. Une noirceur sans fin, sans mouvement. La paix ou du moins l’absence de terreur. Puis une lumière…« 

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Avec Let them eat chaos, Kate Tempest nous plonge dans au coeur d’une histoire brillamment racontée : la vie nocturne de 7 habitants, d’un même quartier de Londres, 7 personnages donc, l’horloge bloquée sur 4h18. Au fil des 13 pistes du disque, on suit successivement Jemma ancienne junkie, l’infirmière éreintée Esther, Alesha et sa solitude assourdissante, Pete le roadie alcoolique qui vit chez son père, l’ennuyeux Bradley, Zoé libérée et enfin l’amoureuse compulsive Pious.

Là se trouve la véritable force de Kate Tempest : être capable d’aborder des sujets de société bien réels et leurs dérives, sur les fondations d’une histoire très très bien écrite et à la portée de tous. Des histoires qu’elle lâche, en rythme et en tension, tandis que sa fougue et sa générosité font exploser le barrage de la langue.

« Pour moi le langage est plus efficace quand il est direct. Je n’écris pas pour moi mais pour vous. Je ne crois pas à un art élitiste. Je trouve ça néfaste.« 

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Pour orchestrer ce disque, Kate Tempest a fait appel à Dan Carey, le producteur de Tame Impala ou de Bat for Lashes. Le britannique a su habiller les idées, les textes et les images à la perfection à la lumière d’une relation presque fusionnelle. Il arrange un nuancier de synthés métalliques, notes froides, minérales, battements de coeur, bruits de pas alarmes et pulsations qui viennent grossir la tempête annoncée.

Son travail est hybride, puissant, allant et venant entre la poésie classique et le rap, empruntés aux maîtres du genre et salués par les mêmes. De Franck Ocean à Chuck D de Public Enemy, tous voient en elle une pépite. Et sans aucun doute, Dickens William Blake et Virginia Woolf aussi depuis leur coin de nuage. 

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►► Let them eat chaos de Kate Tempest dans les bacs depuis le 11 octobre 2016 chez Big Dada (où on trouve aussi Speech Debelle, Roots Manuva ou encore Run The Jewels). 

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