Maryland

Maryland, d’Alice Winocour

Les œuvres de cinéastes se suivent et se ressemblent, c’est certain. Dans Maryland, Alice Winocour reprend des thèmes qui jalonnent ses derniers films. Ses personnages, bien que très différents, ressemblent aux figures féminines d’Augustine ou Mustang (dont elle est co-auteure). Déposséder de leurs corps et en marge d’une société qui ne veut pas les reconnaitre, tous ses anti-héros sombrent dans un combat intérieur permanent. Avec son précédent travail, une jeune femme souffrait d’hystérie à la fin du XIXème, maux encore inconnus pour l’époque. Aujourd’hui Vincent, un ancien militaire, connaît des troubles de stress post-traumatique.

 

Si ce sujet a déjà été traité, et de très belle manière, par d’autres longs-métrages (Brother et American Sniper pour les plus récents), la cinéaste prend le parti pris de l’organique. Filmé à la première personne, Maryland ne comporte aucune voix off. Toutefois, l’intégralité des scènes ne sont perçues que d’un seul point de vue : celui de cet homme qui n’a plus d’identité propre. Véritable armoire à glace ayant déjà démontré dans le passé que son physique était sa plus belle qualité (Bullhead, De rouille et d’os), Mattias Schoenaerts justifie une nouvelle fois son talent pour faire parler son corps à sa place. Face à lui, Kruger sait tout aussi bien jouer de sa plastique sensuelle pour susciter le désir, et l’interdit. La singularité de son rôle tient de son caractère paradoxal qu’elle manie avec brio, grâce à une interprétation à la fois puissante et très fragile.

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Les couleurs bleues électriques du générique ne trompaient pas, la réalisatrice a voulu mêler froideur et esthétisme à travers sa narration. En ressortent des ralentis stylisés extériorisant la détresse contagieuse de Vincent de façon nerveuse et appuyée. Mais ce film, et c’est dommage, ne se concentre pas exclusivement sur la paranoïa de cet individu. La toile de fond politique tissée en arrière-plan aurait pu être plus aboutie, ou traitée différemment. Elle ne représente finalement qu’une excuse pour expliquer ce huis-clos anxiogène, mais néanmoins envoûtant.

Hugo Harnois.

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