Chris-Clark

CLARK – l’interview

Salut Clark, tout d’abord comment t’es-tu lancé dans la composition de musique électronique?
Probablement parce que les instruments de musique que je jouais me semblaient limités et sans doute aussi car j’avais de mauvais professeurs de musique qui ont essayé de me tenir éloigné de l’électronique parce qu’ils estimaient que ce n’était pas de la vraie musique. La première fois que j’ai écouté de la musique électronique, j’ai trouvé ça vraiment différent, il y avait quelque chose de très émotionnel et à la fois de très intelligent, quelque chose qui n’était pas aussi direct que la musique réalisée avec des instruments traditionnels. Et ça m’a vraiment attiré. Et je suis très tôt devenu obsédé par ça.

Quels sont les instruments que tu as pratiqués?
Pas de mal de violon, un peu de piano, et de la batterie. Mon prof de batterie a essayé de me dissuader d’acheter une boîte à rythmes, parce qu’il pensait que c’en serait fini de moi, en quelque sorte. Mais j’en ai quand même acheté une et j’ai arrêté d’utiliser des vrais instruments pendant un bon moment jusqu’à ce que je les réintroduise dans ma musique pendant que je travaillais sur Body Riddle. Je ne suis plus un puriste à présent. A mes débuts et pendant longtemps je ne voulais pas entendre parler de vrais instruments, j’étais un puriste. Je ne le suis plus maintenant.

Quels étaient les styles de musiques que tu écoutais plus jeune?
J’écoute toujours des trucs que j’écoutais quand j’étais gamin. Tu sais, pendant cette période où tu cires encore les bancs de l’école, tu te définis essentiellement par opposition à ce qu’aiment les autres. Si tu aimes le punk, tu n’aimes pas ceux qui aiment le rap, et si ton truc c’est le rap, tu n’aimes pas ceux qui sont dans la rave music. Mais moi j’aimais toutes ces musiques sous toutes leurs formes : le hip-hop, le métal, la musique classique et des trucs électro comme le hardcore, toute cette scène rave, jungle et drum’n’bass Britannique des années 90. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt de cloisonner tous ces genres, et cette idée a vraiment conditionné mon travail jusqu’à aujourd’hui. Je ne vois pas l’intérêt de se cantonner à un seul genre.

Et aujourd’hui?
J’ai acheté pas mal de musique récemment. Ink, par exemple. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, il s’agit d’un duo de Los Angeles, leur musique est une sorte de rencontre rêvée entre les Cocteau Twins et Lauryn Hill, ils sont vraiment incroyables, je ne suis pas sûr qu’ils soient vraiment de L.A. mais pour moi, leur musique évoque vraiment cet endroit, bien plus que toute cette scène beat qui vient de L.A. ; tu connais sans doute les films de Michael Mann, ses films sont plutôt ringards mais il est très doué pour peindre des paysages urbains avec ses bande-sons et la musique de Ink me rappelle vraiment certains de ses films. Ils sont vraiment très bons. Clark2

Tu vis aujourd’hui à Berlin. Est-ce que ça a influencé ta musique?
Je n’y suis vraiment pas souvent. Je suis toujours en tournée, en train de voyager, ce qui m’empêche de me poser vraiment – je passe rarement plus d’une ou deux semaines au même endroit ce qui m’oblige à travailler sur mon laptop – mais je m’y suis fait et au final j’aime vraiment cette façon de travailler, parce que tu ne prends pas de mauvaises habitudes quand le cadre de travail change sans cesse et que je trouve ça très stimulant – mais c’est aussi une forme de mise à l’épreuve, parce que voyager quasiment en permanence en tâchant d’intégrer à ma musique les influences des différents endroits où je passe c’est difficile – mais au final c’est vraiment gratifiant.

Qu’est ce qui t’inspire pour composer?
Sortir faire un tour ou autre chose au-dehors du studio permet à mes idées d’éclore et de se développer, et je pense qu’il est contre-productif de rester vissé devant son ordinateur en attendant que quelque chose d’intéressant se produise. De la même façon, prendre ses distances avec le travail en cours en touchant à d’autres instruments -je pratique beaucoup le piano par exemple- permet d’insuffler un ressenti différent. C’est ce que je fais souvent quand je ne me sens pas de faire de la musique électronique. Même si c’est récréatif, ça reste de la musique, et ça fait aussi partie du processus créatif.

Généralement tu commences par composer le beat ou la mélodie?
C’est très variable selon les morceaux, mais je me suis rendu compte que si je n’arrive pas à mettre en place quelque chose en vingt minutes (je ne veux pas dire boucler un morceau) – mais si rien ne vient pendant cet intervalle, je pense qu’il est probablement préférable de faire un break et d’y revenir plus tard dans la journée. Mon travail se concentre sur de brefs segments de temps, je veux dire, je fais de la musique toute la journée mais je ne vais pas insister si quelque chose ne fonctionne pas, je préfère le laisser de côté. Avant ce n’était pas comme ça, j’avais tendance à m’acharner jusqu’à épuisement, mais pour moi maintenant, tout doit se mettre en place vraiment rapidement. Mais la partie la plus difficile est bien sûr de finir le boulot – il est beaucoup plus facile de commencer quelque chose de neuf – mais tu sais, la partie la plus exigeante et la plus gratifiante est la finition – quand tout se met en place et que tu fais quelque chose de complet et cohérent de tous ces fragments – c’est ça qui procure une vraie satisfaction. C’est également le cas dans le cadre de collaborations : j’ai récemment enregistré avec un pianiste dans une vieille église – et le simple fait de travailler avec quelqu’un d’autre apporte un souffle nouveau et une énergie différente à ce que tu fais – et c’est vraiment formidable – c’est quelque chose que j’aimerais faire plus souvent – en gros, j’aime m’associer avec des gens pour faire de la musique ; tu sais, j’ai fait six albums sous mon nom et une part de moi sent qu’il est temps de prendre une autre direction et de travailler avec d’autres personnes.

Certaines de tes compos sonnent dans un style très ambiant…
Certains de mes morceaux sont très lourds et très intenses – c’est plutôt bien de donner aux gens quelque chose de plus reposant – des espaces de respiration – j’ai vraiment envie de créer plus de morceaux dépourvus de beat, de travailler plus sur les textures et la matière sonore. Certains morceaux unissent des influences et des styles très différents – et c’est une bonne chose ; c’est un peu ce que je disais avant quand je parlais des goûts qu’on a à l’école : on peut aimer ceci ou cela, mais je crois vraiment qu’il y a des liens, des courants souterrains qui unissent des musiques à priori très différentes et qui méritent d’être explorés.

Tu travailles avec quel genre de matos?
À la base, juste des synthés et une boîte à rythmes, plus quelques pistes que j’ai déconstruites et que je réinjecte live – j’utilise aussi un tas d’effets. Je fais aussi une large place à des sections improvisées dans mon set. C’est différent à chaque fois, chaque show est différent, pour le meilleur et le pire.

Il y a ce son très 80’s sur l’album Iradelphic, ( sur Come Touch par exemple), d’où vient-il?
Comme c’est souvent le cas avec la musique, tu parviens à un certain point où un son peut provenir de sources très différentes – et je trouve ça vraiment très intéressant – et ça n’a rien à voir avec le matériel que tu utilises – tu peux produire des sons de Moog simplement avec un traitement approprié, un bon réglage d’effets ou un bon traitement des bandes. J’aime vraiment les Moogs – vraiment – mais leur son est un peu trop riche à mon goût, un peu trop comme une batterie ; je préfère les synthés au sons moins pleins, aux sons plus froids  comme les Sharp, avec une couleur bien distincte.

Est-ce que tu enregistres des sons en extérieur?
J’en fais beaucoup, effectivement, et je compte bien en faire davantage. Je n’aime pas utiliser les samples réalisés par d’autres personnes – c’est quelque chose que je préfère faire moi-même. J’ai beaucoup de prises enregistrées en extérieur avec un micro directionnel. Et tu peux complètement transformer cette matière avec un bon logiciel – et j’adore vraiment ça. Il existe un endroit incroyable à Berlin qui s’appelle « la Tour du Diable » ou quelque chose comme ça, une ancienne centrale d’écoute qui était utilisée pendant la guerre – et il y a là-bas cette reverb exceptionnelle comme sous un dôme, avec une réfraction incroyable ; si tu claques des doigts, tu peux entendre le claquement se répercuter presqu’à l’infini.

Qu’est-ce que tu penses du terme IDM. Est-ce qu’il correspond vraiment à ton style?
Il me semble que c’est un journaliste américain qui a pondu ce terme pour se donner de l’importance, mais ça ne dit pas grand chose de la musique qu’il est censé décrire ; Intelligent Dance Music : c’est vraiment du snobisme. Je ne pense pas que le fait de danser ait beaucoup à voir avec le fait de se sentir intelligent – en tout cas le lien avec l’intelligence n’est pas primordial. Pour moi, ce sont juste des termes dévoyés.

 

 


http://warp.net/records/clark

Interview et montage vidéo : anne moscatello

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