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CLERMONT FERRAND 2013 – Le grand festival du court métrage

Le Festival international du court métrage de Clermont Ferrand, c’est l’équivalent du film d’animation à Annecy, ou même, soyons fous, du long métrage à Cannes. Mais le court métrage est une planète méconnue qui a peu à peu disparue de nos écrans. Chassés des séances de cinéma avant les « vrais » films ; les longs, avec des stars et de l’argent – ces petits ovnis mal définis qui oscillent entre 1 et 51 minutes n’ont pas réussi à se faire une vraie place à la télévision. Seuls les insomniaques ou les couches vraiment tard peuvent encore dire qu’ils voient du court métrage, et c’est dommage. Car clamons le haut et fort : le court métrage, c’est du cinéma. Mais bon, pourquoi aller perdre 10 jours, en plein mois de février au pied de l’auvergne pour voir des films qui n’intéressent potentiellement personne ?

 

D’abord parce que ces petits films sont des condensés de cinéma. Avis aux cinéphiles. Mieux qu’une masterclass d’un auteur théoricien fumiste, voyez des courts métrages. Comme le format est court, les auteurs doivent aller au plus simple, au plus efficace pour accrocher rapidement le spectateur. On est loin du long métrage qui prend son temps pour installer une « ambiance ». Dans le court, on ne tourne pas autour du pot, la tension dramatique ne met pas une heure à arriver, et c’est tant mieux !

 

Mais attention ! Ça ne veut pas dire que le court métrage c’est nécessairement des films crados, sans argent, tournés en mini DV, sans producteurs ni moyens financiers. On trouve, au delà d’un intérêt dramatique, un véritable intérêt esthétique au court métrage. Ceux ci sont souvent, grâce à leur format court, l’occasion de tester des exercices de style esthétiques, souvent en animation, qui sont osés, périlleux et parfois réussis. On trouve quelques kaléidoscopes de 40 minute chiants à mourir dans certains sélections labo de Clermont ; mais on trouve aussi de véritables bijoux, beaux à pleurer.

 

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Solipsist, Andrew Huang, Etats Unis, 2012.

 

Expérimenter. C’est l’un des maître-mots. Et c’est particulièrement intéressant si l’on considère que les grands réalisateurs de longs métrages de demain sont les petits réalisateurs de courts métrages d’aujourd’hui. Dans les sélections « courts de rattrapage » du festival qui vise à rattraper sa culture court métragique, on trouve les origines d’Amélie Poulain et de tout l’univers de J.P Jeunet, mais aussi Ozon, Resnais, Cantet… D’où l’intérêt d’aller voir des courts d’école. Ces élèves ambitieux de la FEMIS, la Poudrière ou autres Gobelins et ESAV sont pleins d’idées.

 

Néanmoins Clermont Ferrand, c’est avant tout chercher à s’ouvrir au cinéma étranger. Grâce aux sélections internationales, ou aux pays mis à l’honneur (cette année, l’Inde) ; on peut découvrir et piocher dans toutes les cultures, tous les cinémas. Bien sur, il y a du pire comme du meilleur, mais le court métrage c’est aussi le goût du risque et de la curiosité.

 

Et puis dans le pire des cas, si vous n’avez trouvé, parmi les centaines de courts métrages et les dizaines de séances, rien qui ne vous ai vraiment satisfait, vous pouvez toujours :

  • Assister à la cérémonie de clôture où (en théorie) les meilleurs films sont projetés.

  • Vous fier au bouche à oreille à partir du mercredi après midi, pour être surs de ne pas vous tromper.

  • Profiter du festival pour rencontrer les réalisateurs, les équipes techniques, les professionnels du cinéma dans les bars, bistros et restaus qui sont, à l’image de la ville de Clermont Ferrand, bien accueillants.

 

Plus concrètement, concernant le cru 2013… Je ne peux pas vous dire si la sélection était à la hauteur des années précédentes puisque c’est pour moi une grande première de venir en Auvergne. Cependant, je peux toujours vous guider vers quelques grands films, même s’ils sont courts qui m’ont plu.

  

       Alors voici mon top 3 Clermont :

 

 

Men of the earth, Andrew Kavanagh, Australie, 2012

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Les travaux de voirie, c’est toujours 1000 tracas. Les voitures s’entassent à un feu beaucoup trop long, un bouchon se forme, et adieu votre entretien d’embauche si urgent. Et pour couronner le tout, lorsque vous regardez le chantier pour chercher une raison valable, légitime à toute cette gêne occasionnée (accident de voiture, phacochère écrabouillé, race de grenouille à protéger), on ne trouve que des trous, des pelleteuses, quelques marteaux piqueurs et une dizaine d’ouvriers qui semblent toujours inoccupés. A priori la situation est la même en France et en Australie. Dans ce court métrage, le réalisateur imagine ce qui peut réellement occuper ces ouvriers… C’est une rêverie drôle et pleine de poésie pour ces hommes en orange. Ce court métrage (un peu) expérimental concourait cette année dans les sélections labo du festival.

 

Ce n’est pas un film de cow boys, Benjamin Parent, France, 2012.

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La veille à la télévision, le film d’Ang Lee, Brokeback Mountain, est passé à la télévision. Dans les toilettes d’un collège Français, des adolescents discutent du film, des émotions qu’ils ont pu ressentir et se posent mille questions. Il arrive que les courts métrages soient fait avec trois bouts de ficelle, qu’on remarque que les acteurs ne sont pas vraiment comédiens de formation. Dans ce film, on ne peut que saluer l’interprétation de ces quatre jeunes comédiens. Leur verbiage rapide, fluide et contemporain illustre à merveille le bouillonnement et le choc entre leurs préjugés, leur culture et leur âge qu’a su révéler ce film vu à la télévision. Il y a une vraie fraicheur et de l’humour dans ce film très bien écrit et interprété à merveille.

 

Nol King Ruter, Noud Heerkens, Pays Bas, 2012

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Le troisième film dont j’ai envie de vous parler est un choix très personnel. Sélectionné dans la section labo, Nol King Ruter est un film sans dialogues sur un vieux monsieur qui invite pour on ne sait quelle occasion ses amis à venir danser chez lui. Devant sa belle maison scandinave au milieu des bois est installée une piste de danse où chacun s’exprime, et offre à son hôte ses sentiments. Peut-être que mon goût pour la danse contemporaine, et les échos très forts avec les chorégraphies de Pina Bausch influencent mon jugement. Quoi qu’il en soit, j’ai aimé que les corps, en dansant, se suffisent à eux-même pour exprimer les tensions dramatiques entre les personnages. J’ai aimé que ce vieil homme ne soit pas le même sur la piste ou à moitié nu dans sa chambre, passant de vieillard grabataire à force de la nature vieillissante.


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