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Les Invisibles, de Sébastien Lifshitz

Cette semaine, vous l’avez peut-être remarqué, il n’y a aucun nom de comédiens sous le titre du film et le nom du réalisateur. Car la galerie de personnages composée par Sébastien Lifshitz dans les Invisibles, ne sont pas des comédiens. La particularité du documentaire c’est de nous montrer le réel de telle sorte qu’on y trouve un véritable potentiel romanesque. Dans son documentaire, Sébastien Lifshitz filme des invisibles. Ce ne sont pas des fantômes, mais des personnes dénuées de tout intérêt médiatique ou fictionnel : toujours âgés, souvent ruraux, parfois en couple mais homosexuels. Il est toujours étonnant de voir comment le cinéma répond parfois à l’actualité. C’est pourtant un hasard si ce documentaire sort aujourd’hui en salle au beau milieu du débat sur le mariage pour tous. Ellebore n’est pas une radio à vocation politique. Pourtant, ce film mérite tout notre intérêt pour sa sensibilité et les questions qu’il amène, au delà de l’homosexualité, sur la vieillesse, la séduction, la marginalité.

En effet, il y a quelque chose de sensible et touchant dans ces portraits et histoires de vie. Que ce soit une sexualité cachée ou revendiquée, bisexuelle ou homosexuelle, découverte dès l’enfance ou plus tardivement ; ce sont toujours des sexualités épanouies qui s’expriment. Des passions amoureuses, des aventures, des attitudes, qui font rire et sourire le spectateur. Filmés dans leur environnement, à domicile ou dans la nature, une sensation d’harmonie dégage de ces personnes âgées. Pourtant, elles ne racontent pas que des choses heureuses. En gros plan sur leurs visages, on ressent au mieux leurs doutes, le récit de leur marginalité, du rejet qu’ils ont subi. Même si la fin du film met un bémol à cet éloge, versant dans l’anecdotique et ratant plusieurs belles occasions de s’achever, ce documentaire est vraiment réussi.

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Le film ne questionne jamais les questions de normalité ou de marginalité. Le regard porté sur ces personnages est toujours le même. S’ils étaient des invisibles dans leurs jeunes années parce qu’il était difficile de s’assumer, de se revendiquer homosexuel ; le film les rend invisibles en leur donnant enfin le statut de personne normale, banale. Ces adjectifs ne sont plus péjoratifs. Au contraire, loin des luttes, des débats et des revendications ; ce ne sont plus que des vieilles personnes qui sont en face de nous. Elles se posent, au delà de leur homosexualité, la question de la séduction lorsque l’on vieillit, de la solitude aussi. C’est là tout le paradoxe de ce documentaire qui rend visible ces personnes rendues invisibles par une société qui ne les reconnaissait pas, et qui aspirent, plus que tout autre, à l’invisibilité parce que la société cette fois, ne fera d’eux que de simples citoyens.

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