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Augustine, de Alice Winocour Avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Après la palme d’or de Michale Haneke, auteur reconnu et primé ; laissons la place à la nouvelle génération. Cette semaine, nous nous penchons sur le premier long métrage d’Alice Winocour : Augustine. Grande fiction en costume, le film retrace le parcours d’Augustine à l’hôpital de la Salpêtrière à la fin du XIXème siècle. Atteinte d’hystérie, elle sera prise en charge par le professeur Charcot. C’est l’occasion pour Alice Winocour de peindre ces femmes qui dans des crises incontrôlables, proches de l’épilepsie ; s’exhibent, sortent d’elle-même et de leur condition sociale.

Ce qui est flagrant dans Augustine, c’est que tout est affaire de regard. Lorsque ces femmes entrent en crise : paralysies, convulsions, langage ordurier, exhibition ; elles attirent le regard et l’attention. Et pourtant, faute d’explication physiologique; elles sont enfermées dans cet hôpital en marge de la médecine et de toute démarche de soin. Loin de moi l’idée selon laquelle ces crises sont volontaires, provoquées par ces vilaines femmes manipulatrices pour attirer les regards et les hommes. La force du film c’est, je crois, de montrer l’hystérie dans un contexte socio historique précis. Ces manifestations de ce que Freud, quelques années plus tard, appellera « l’inconscient » sont une réponse à un carcan social, une société machiste où la femme n’est qu’un objet au service de l’homme. Alors Augustine c’est l’histoire de ces femmes qui cherchent une place dans la médecine, dans la société ; et qui ne parviennent à obtenir une considération que par la marginalité. Si vous vous intéressez à cette lecture sociale de la maladie et à l’étude des genres, vous pouvez vous référer au Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

Ainsi, elles semblent s’épanouir sous le regard de Charcot. Magnifiquement interprété par Vincent Lindon, celui-ci apparaît comme le sauveur de ses dames : il les considère, cherche à les soigner. Et pourtant, quel sentiment de malaise lorsque l’on sent malgré tout dans son regard le désir. Le désir pour Augustine qui dans ses crises s’exhibe sans complexe. Quel malaise encore lorsque cette malade est applaudie, comme un monstre au spectacle lorsqu’on déclenche les symptômes hystériques par l’hypnose.

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Si le film n’est pas exempt de défauts, notamment quelques longueurs, et un usage abusif de philtres qui rendent la lumière abominablement baveuse ; on reconnaîtra à Alice Winocour une grande précision dans la reconstitution des décors et des costumes. Ainsi, un des plans du film est l’exacte reproduction du tableau d’André Brouillet, Leçon clinique à la Salpêtrière. Le film est jusque dans son esthétique extrêmement documenté et intelligent ; contrairement à A dangerous Method, de Cronenberg qui faisait de la psychanalyse une vaste farce. En empathie avec ces malades filmées comme dans un documentaire en regard caméra, Augustine est un cri : « j’ai crié qu’il fallait libérer les femmes. » On n’est pas loin du féminisme.

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