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Amour, de Michael Haneke Avec Emmanuelle Riva, Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert…

On a beaucoup critiqué le palmarès du dernier festival de Cannes présidé par Nanni Moretti, et pourtant cette semaine, impossible de ne pas approuver la palme d’or : Amour. Trois ans après une première palme d’or pour le Ruban Blanc, Michael Haneke, complète son œuvre, poursuit les même thématiques, et rend hommage à ses comédiens. Amour est un huis clos sur un couple en fin de vie. Anne multiplie les attaques cérébrales et fait promettre à Georges de ne pas mourir à l’hôpital. Dès lors, Haneke nous montre, sans tabou, sans gêne ni censure « ce qui ne mérite pas d’être montré ». Nous sommes loin d’un film politique sur l’euthanasie et la dignité des personnes dépendantes ; mais plutôt dans une peinture sensible et réaliste du sentiment.

Amour, commence par une irruption. L’irruption du bruit de la ville et de la vie dans cet appartement ; l’irruption de l’image après le générique si sobre. La lumière et le son viennent rompre le silence et l’obscurité qui sont déjà le signe de l’issue funeste du film. En effet, dès que le couple rentre dans l’appartement après cette dernière sortie au concert, il apparaît qu’ils n’en sortiront plus. Toutes les futures sorties nous sont invisibles par un usage répété de l’ellipse : les courses, le séjour à l’hôpital. L’appartement c’est la sphère privée où le corps peut se dégrader à l’abris des regards puisque « tout ceci ne mérite pas d’être montré ». Pourtant, Haneke nous montre tout. A l’image de Funny Games, le réalisateur n’épargne rien de la violence de ce qui se joue dans ce couple âgé. Les toilettes, les souillures, la régression ; Haneke révèle la réalité crue du corps. Et comme dans la Pianiste, on se fait le spectateur voyeur d’une intimité violente qui ne nous regarde pas. Ainsi, le film a beau s’appeler Amour, il est d’une violence sourde.

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Lorsqu’il a reçu la palme, Haneke a dédié son prix à ses comédiens. Il convient de leur rendre hommage. Si l’émotion affleure en permanence, ce n’est pas uniquement en raison des situations qui sont mises en scène. Emmanuelle Riva, rayonnante si jeune dans Hiroshima mon Amour d’Alain Resnais, est vieille. Jean Louis Trintignant, monstre du cinéma français est vieux. On ne peut s’empêcher de penser que ces corps vieillis sont les corps même des comédiens. Alors Amour c’est aussi l’histoire d’une interruption. La maladie interrompt le quotidien, la mort interrompt la vie, à l’image des morceaux de musique qui sont tous coupés dans le film. Mais le film n’est-il pas lui-même une interruption pour Trintignant et Riva ? Riva qui fait si peu de films, Trintignant qui est sorti de sa retraite à la demande de Haneke. Amour est au paroxysme de leur carrière, et de leur art, au paroxysme de la vie.

Ainsi, le film de Michael Haneke n’est pas un film politique sur l’euthanasie, sur la maltraitance du personnel soignant à l’égard de personnes dépendantes dont la dignité est bafouée, sur la place des proches ou le rôle de l’hôpital… Ces éléments sont présents mais ne donneront pas lieu à un débat. Car c’est ici l’histoire d’un Amour extrême et entier qui est l’occasion « d’un beau et triste moment » de cinéma.

C. Lavigne

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