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Reality, de Matteo Garrone Avec Aniello Arena, Loredana Simiolo, Nando Paone, Claudia Gerini…

Ce film n’est pas une comédie. Ouf, une fois qu’on a dit cela, on peut repartir sur de bonnes bases avec le film de Matteo Garrone, Reality. Quatre ans après Gomorra, le réalisateur décroche le prix du jury au festival de Cannes avec ce film que beaucoup ont qualifié de « comédie à l’italienne ». En vérité, s’il y a de l’humour dans ce film, c’est de l’humour noir, et si l’on rit, c’est d’un rire jaune. À l’image on est bien loin du réalisme et de la dureté de Gomorra, et pourtant on se situe toujours à Naples, au plus près de la classe moyenne qui lutte au quotidien pour joindre les deux bouts. Dans Reality, comme dans Gomorra, l’argent facile et en abondance fait rêver. Cette fois, on n’y accède pas par la mafia, mais par le rêve de la télé réalité et du succès médiatique. Ainsi, Luciano, père de famille, poissonnier, dont les arnaques font office de complément de salaire rêve d’intégrer le show de Grande Fratello. Après deux étapes de casting, Luciano mise tout sur ce show, jusqu’à en perdre la raison.

Il y a deux films dans Reality. C’est vrai, la première partie est une comédie. Grinçante, certes, mais plutôt drôle. C’est un portrait moche d’une Italie laide. Certains ont déclaré que c’était l’Italie post-berlusconienne, moi je considère qu’on a exactement les mêmes en France. Ce sont des personnages caricaturaux, qui débordent : leur rire, leurs corps obèses, leur obsession pour les paillettes, le bling bling bling le kitsch et tout ce que nous qualifierions de « beauf » est à vomir. Et pourtant, Garrone parvient à nous les rendre plutôt sympathiques. On a de la compassion pour ces familles qui triment et qui se raccrochent aux apparences. On se dit qu’il vaut mieux regarder la télé réalité qui fait bien plus rêver que la réalité toute simple, même si elle est aseptisée.

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Mais finalement, c’est un véritable drame que Garrone met en scène. C’est le drame de la maladie mentale, du décrochage. Le personnage de Luciano tombe dans la paranoïa, persuadé que la télé l’espionne pour savoir si oui ou non il va rentrer dans « la Maison ». Il est difficile de dire à quel moment Luciano part vraiment à la dérive… mais visuellement, cette obsession pour le faux, est présente dès le début du film. Le lieu du mariage lors de la scène d’ouverture pue le stuc et Walt Disney. Même la petite place centrale, cœur du quartier où vivent les protagonistes sent le plateau de cinéma, les heures de gloires de Cinecittà : des cordes tombent au moment dramatique, les mouvement de grue ne dévoilent qu’un espace fermé, jamais les alentours… Tout est faux dans ce film, dès le début, les dés sont pipés. Les personnages sont enfermés dans un plateau, dans des rêves, des illusions. Si le film a ses longueurs, il est donc heureux qu’il ne se soit pas cantonné à la comédie de bas étage mais s’élève vers le drame : le drame d’une vie où les rêves et les fantasmes prennent tellement d’importance que le personnage principal, admirablement interprété par Aniello Arena perd tout sens de la Reality. Et après tout, c’est ça aussi le cinéma, vendre du rêve, faire illusion, raconter du faux.

C. Lavigne

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