Interview de Lakay pour la sortie de son nouvel album « Awake Experience »

 

Cyril Caillat aka Lakay, artiste multi-instrumentiste, s’apprête à sortir « Awake Experience », un album marqué par la pluralité, sollicitant les consciences pour les faire interagir et orchestrant les échanges.

Notre rencontre eu lieu à l’occasion d’une session live accueillie par le Brin de Zinc, captée et diffusée en direct par le studio-bus de Ticket to Jam, le 16 juin dernier.

– Je t’ai découvert en live à l’occasion du Printemps des cultures urbaines à Aix les Bains, c’était en 2013. Qu’est-ce qui fait qu’on se souvienne d’un live de Lakay ?

Bonne question, déjà il y a plein de mélodies, je pense que ça peut jouer… Il y a de l’instrument sur une base plutôt électro ce qui rajoute de l’organique, après c’est peut-être aussi parce que je me donne à fond sur scène, et les copains aussi, c’est une thérapie quelque part !

– L’écoute de tes derniers singles fait l’effet d’un kaléidoscope par la pluralité des couleurs qui s’en dégagent, et les multiples influences empruntées aux quatre coins du monde : ça s’explique ?

Je me sers des machines pour faire des nappes et pouvoir partir dans tous les sens sur cette base de couleur électronique. Les instruments qui s’y rajoutent viennent enrichir le grain, la teinte, l’harmonie… Les musiques du monde m’ont toujours parlé, on naît dans une culture qui nous influence obligatoirement, et ce qui m’intéresse c’est de voir d’autres choses ailleurs, comment on y mange, comment on y joue de la musique, comment on s’y loge… Jouer de la musique c’est un moyen d’échanger, de comprendre des façons de faire qui nous sont à priori étrangères. Je suis allé au Maroc, à la Réunion, en Espagne, et dans pas mal d’autres pays… J’essaye à chaque fois de repartir d’un pays avec un instrument traditionnel !

– Les musiciens qui t’accompagnent sont nombreux et s’unissent au service du métissage : le projet est teinté d’influences klezmer, cubaines, nord africaines…

C’est grâce au travail de mixage en studio qu’on peut intégrer tous ces éléments. Chaque grain arrive à se retrouver sur une base électro, les instruments communiquent entre eux et peuvent partir loin pour se retrouver 32 mesures plus tard !

Et puis c’est beaucoup parce qu’avec les musiciens on se connaît par cœur ! Chacun a suivi les projets des autres pendant très longtemps. J’ai beaucoup travaillé avec chacun d’entre eux, en tant que technicien sur leurs concerts mais aussi en tant qu’artiste. On aime les projets des uns des autres, et on collabore beaucoup. C’est l’effet du crew Salamah !

Et puis il y a Renaud Vincent aussi, mon pote saxophoniste, on a appris à jouer ensemble… Et on a toujours joué ensemble ! A chaque fois que je joue un thème de trompette j’entends mon pote sax m’accompagner… L’amitié entre nous tous participe beaucoup à l’harmonie du projet !

 

 

– Quels résultats attends-tu de cette « awake » expérience ?

C’est une expérience d’échange surtout !

Justement le délire Ticket to Jam me plaît beaucoup, le principe de la jam session c’est de se retrouver autour des instruments et de donner ce qu’on a en soi. Quand tu te livres, tu en apprends sur les autres. C’est un peu comme dans un débat, mais en plus facile parce que le langage musical est composé d’idées abstraites, de couleurs… Toucher les gens (ou pas) c’est la force de la musique.

Tu peux arriver à t’éveiller grâce à l’expérience d’un concert en tant que musicien comme en tant que public… En écoutant des concerts je suis parti loin parfois, les poils qui s’hérissent, c’est trop bon ! Pourtant ce ne sont que des notes de musique, mais elles poussent chacun à se livrer et ça crée un vrai dialogue.

J’ai grandi avec l’idée que l’échange est ce qui nous fait évoluer, s’entourer c’est éviter de se laisser convaincre de sa connerie… C’est pour ça que je dis que la musique est une thérapie ! Tu passes ton temps à te livrer, à recevoir des gens, et du coup à évoluer…

– La musique c’est ton mode de communication ?

Ouais, pendant longtemps j’ai eu plus de facilités à jouer de la trompette qu’à parler ! La musique, tout le monde la ressent plus ou moins. Il y a des personnes qui sont plus hermétiques et qui sont plus compliquées à faire vibrer et d’autres qui sont super contentes dès qu’elles entendent trois notes. Dans tous les cas on est particules face à ces ondes, c’est en ça que la musique est un langage universel capable de se propager à l’infini… C’est un BON virus, qui ne fait pas de mal !

– Dans ton premier album, Enjoy People, l’ambiance est plus planante, le titre Temple of Spirit, par exemple, a un côté trip hop. Ton deuxième album, Metis’Sage Community est plus sanguin. Tes derniers singles sont explosifs… AwakeExperience, c’est l’achèvement d’un processus ?

Oui depuis le début c’est toujours le même travail de recherche, qui se peaufine d’album en album, d’année en année, de rencontre en rencontre… J’ai toujours dit que mon deuxième album était plus world que le premier, à l’époque je sortais de la techno et de mon groupe Fluid, je faisais des lives un peu énervés… Et petit à petit je me suis autorisé à mélanger de plus en plus d’instruments, et à inviter de plus en plus de featurings.

Sur Enjoy People j’étais tout seul à jouer, à l’exception d’un morceau avec Renaud Vincent, mais en live j’étais solo devant mon ordi… Aujourd’hui je peux choisir de jouer seul, comme de jouer avec un full band de huit personnes et on fout le bordel tout le long et c’est cool !
Mais cette évolution elle s’est faite à tâtillons, à l’issu de beaucoup de tests… et puis petit à petit on trouve la recette !

– Tu as joué dans des orchestres, des brass bands, des fanfares, sept musiciens t’entourent sur ton album AwakeExperience… Lakay marche en meute ?

Oui, c’est grâce à ma formation classique que j’ai eu l’occasion de jouer entouré de plein d’autres instruments… On avait fait des ensembles de 150 trompettes, ça sonnait ultra faux parce que t’avais des musiciens de tous les âges et de tous les niveaux mais c’était marrant de s’accorder entre nous et de découvrir ce qui marchait et ce qui ne marchait pas ! J’ai appris à être patient et curieux, de quoi rajouter des cordes à mon arc.

C’est plus marrant d’être à plusieurs, déjà pour faire la route, puis aussi parce que pendant le live on a plein d’interactions, ce qui peut être aussi plus fatiguant parce que ça demande plus d’énergie… Mais du coup ce sont de superbes expériences,avoir les copains sur scène ça te permet d’avoir des surprises, parce que tout seul les surprises c’est un peu compliqué…

– Ta formation classique, tu nous en parles ?

J’ai d’abord fait 6 ans dans la petite école de musique de chez moi, mon prof était saxophoniste ce qui m’a valu quelques défauts à la trompette… Mais moi ce qui me plaisait c’était les big bands !
Je devais avoir 12 ans quand je suis entré au conservatoire de Grenoble, j’y suis resté 9 ans, et j’y ai même appris à jouer de la trompette en ré toute droite, on s’en servait pour appeler les rois, genre musique de chambre… C’était pas ma tasse de thé mais j’ai dû le faire (rires). Après j’ai fait 2 ans de jazz à Chambéry et de la percussion africaine pendant 4 ou 5 ans, ce qui m’a apporté de la rigueur dans ma façon de jouer des instruments rythmiques…

Avoir plusieurs formations m’a procuré un gros bagage, et pas mal de vocabulaire. Et même si c’est involontaire, mon son est toujours influencé par les genres qui m’ont formé, le jazz notamment. Pourtant on m’a filé mes diplômes en me disant que je n’étais ni classique, ni jazz, du coup je me suis dit que j’allais tracer ma propre route…

– Aujourd’hui tu fais de l’électro, tu fricottes avec le dub, la drum’n’bass ou encore la transe. Par quel(s) chemin(s) es-tu passé ?

C’est une évolution parallèle à ma formation au conservatoire, les week ends j’étais dans les concerts, reggae, rock et autres… Puis j’ai découvert les free party, j’ai vu des caissons de bass et du son pendant trois jours, je me suis dit « wow c’est quoi ce truc »… J’y ai donc découvert la musique techno et je me suis dit que ça pourrait être pas mal de l’intégrer dans ma musique.

Au même moment le label lyonnais JarringEffects se montait et était dans le même délire, j’ai pas mal suivi ça… En sortant du lycée j’ai monté une asso avec les copains, ça s’appelait Art Chromatic et c’est sur les évènements qu’on organisait qu’on a rencontré Salamah.

Puis j’ai découvert la transe avec les amis d’Hadra (association Grenobloise). Au début j’aimais pas, « c’est quoi vos pious-pious aseptisés à la Jean Michel Jarre ? » (rires) Et puis en fait c’étaient de supers évènements, dans un univers dépaysant 4 jours non-stop. Ça marchait bien avec ma recherche de l’état de conscience éveillée ! Du coup après avoir arrêté l’asso Art Chromatic on s’est mis à collaborer avec Hadra et Salamah.

 

– Tu nous donnerais un aperçu de ce que tu écoutes ?

J’écoute un peu de tout ! Je fonctionne beaucoup par périodes aussi, selon les circonstances il m’arrive de mettre du jazz ou du chill quand l’ambiance est posée… Quand je travaille je mets des trucs qui tapent un peu plus, du dub notamment. Et quand je conduis j’aime bien écouter de la transe ! Mais j’avoue qu’un peu de silence parfois ça fait du bien.

J’ai longtemps écouté le rock psyché des années 60 : The Doors, Hendrix et compagnie, ça c’était cool !

Et sinon je consomme la musique en fonction de mes besoins : je me suis mis au gembri, et du coup ces derniers temps j’ai beaucoup écouté de musique gnawa… Notamment le dernier album de Bab L’Bluz,un groupe fusion bien traditionnel, à découvrir !

– Ta musique suggère beaucoup d’images et de couleurs, tu nous parles du visuel d’AwakeExperience?

Tout le visuel a été réalisé par Matt B, un artiste qui fait également partie du collectif Salamah. Il a travaillé sur mes deux albums précédents également. Personnellement j’adore sa patte, il a un côté psychédélique tout en étant urbain, son art peut parler à plusieurs types de personnes, et je pense que c’est un peu ce que j’ai aussi dans ma musique. C’est très psyché mais ça peut être compris par un enfant de 4 ans comme par une mamie de 80 ans !

Matt B a bien cerné mes univers… Pour Enjoy People et Metis’Sage Community, il a parfaitement compris mes idées et a réalisé des artworks de fou ! Pour AwakeExperience, il avait moins d’infos, à vrai dire je ne savais pas trop quoi lui dire… Illustrer une expérience éveillée, c’est quand même compliqué… Mais du coup après un échange de quelques mots sur le projet, il a eu cette idée du visage blanc ou sage, par-dessus un autre visage plus éveillé, en transe. Il a bien interprété l’idée d’un processus vers l’état d’éveil, qui demande de la maîtrise et de l’échange pour perdurer. Et puis il a osé des couleurs flashy tout en restant épuré !  En collaborant avec Matt B on reste dans cette idée de crew, on aime et on soutient les projets des uns des autres !

 

« AwakeExperience » sortira le 26 juin 2020 chez HadraAltervision et Salamah Productions.

A découvrir par ici : https://smarturl.it/Awakeexperience

En attendant, vous pouvez (re)découvrir les deux singles extraits de l’album « Gembri Energy » et « NagoutTcherâh » en cliquant ici : https://smarturl.it/GembriEnergyLakayet ici :https://smarturl.it/NagoutTcherah

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