POHODA FESTIVAL : oui bonjour, le paradis c’est par là.

Ce festival illustre vraiment le vivre ensemble, c’est doux, tranquille. Il y a de l’espace pour tout le monde : des cours de yoga pour les femmes enceintes le matin, un roller disco gigantesque et romantique, deux grandes roues, un espace de création littéraire, des spots pour peindre, d’autres pour chiller. Les enfants sont aux anges, beaucoup rient aux éclats, d’autres courent pieds nus sous le regard tranquille de leurs parents. C’est vraiment compliqué de vous parler de tout.

Un tente parmi des milliers, la nôtre. Un peu plus tard, nous retrouvons Judith sur un Peugeot de course indispensable pour parcourir le site : la fraîcheur à bicyclette avec des fleurs dans les cheveux. Chambérienne d’adoption, c’est grâce à elle que nous sommes là. Judith court, ne dort pas trop, prend des photos pour alimenter les réseaux sociaux et bichonne les journalistes venus de tout le pays (et nous).

 

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Le succès du Pohoda repose tout d’abord sur une programmation fine et exigeante composée avec amour par Michal Kaščák, le directeur général du festival. Michal Kaščák qui est par ailleurs une véritable figure locale : natif de Trençín, tous lui vouent un respect sans limite, parce qu’il est toujours revenu et qu’il prend soin de sa ville natale. Il suffit de jeter un oeil à la programmation pour halluciner. Rien que cette année, les talents défilent sur les différentes scènes du Pohoda pour des shows sans pression, donc excellents. Il se trouve que Michal Kaščák jouera aussi pendant le festival avec son groupe de punk. Comme quoi.

Et puis la lumière chaude du soleil couchant embrasse les festivaliers tandis que les Bratislava Hot Serenaders ouvrent le bal : le tout premier concert du festival signe la joie des retrouvailles entre le public et les artistes, à base de standards de jazz emmenés par un Milan Lasica tout en moustache et smoking blanc. Le crooner est accompagné de trois belles choristes très charleston et les cœurs sont grand ouverts. Le ton est donné, la soirée sera douce. Les gens rient.

 

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Le contraste avec le concert suivant est saisissant, et c’est ce qui fait le charme du Pohoda. Déboule donc sur scène un Gogol Bordello déchaîné, un Gogol Bordello dont tout est dans le nom pour le plus grand plaisir du public qui jump so high. Son chanteur hurle de toute sa voix éraillée dans un micro qu’il malmène, tout n’est que poils et sueur. La foule danse, nous pas encore. Gogol Bordello quoi.

Quand la nuit tombe sur l’aéroport, le charme opère. Des milliers de petites lumières enchantent le site, libérant tout le potentiel magique de ce festival. Quelque soit l’âge, tout le monde est émerveillé. Le Pohoda est un festival familial et d’une génération à l’autre, on revient, souvent ensemble. NB : le site du festival est le paradis rêvé des adeptes du skate et du roller, côté piste d’atterrissage surtout.

 

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Au-delà des recettes de la billetterie et des fonds propres au festival, le Pohoda est largement financé par des sponsors de tous types et c’est ce qui garantit d’une certaine manière son indépendance. On peut y voir Orange, une marque de brosses à dents, Red Bull ou encore Urpiner, la bière nationale. Les différentes scènes du festival portent le nom des sponsors d’ailleurs. Des sponsors qui pensent à tout : Orange diffuse la demie finale de l’Euro sur écran géant devant un parterre de gens qui digèrent ou alors qui n’aiment pas le show aviné de Gogol Bordello mais qui dans tous les cas n’auraient manqué ce match pour rien au monde, Pohoda ou pas. La France gagne, et ça nous fait sourire d’être si loin et si près en même temps. Le plus génial, c’est qu’à dix mètres de là, un ensemble de danse contemporaine slovaque se produit sur la grande scène, ovationnés.

 

On aime le Pohoda Festival aussi parce que c’est un festival qui a des choses à dire et surtout, qui invite à réfléchir, à être à l’écoute, à s’interroger, en somme, un festival qui donne à penser. Par exemple, en prenant soin chaque année de confier la réalisation d’une oeuvre par le public : avec plus de 60 millions de personnes déplacées et réfugiées pour la simple année 2015, l’oeuvre sélectionnée se fait écho de l’actualité. Là, il s’agit d’un minaret, en fait le seul et le premier minaret de Slovaquie, dernier pays européen à n’avoir aucune mosquée sur son territoire. Avec cette installation artistique, le Pohoda Festival a fait coulé beaucoup d’encre car son gouvernement est ouvertement opposé à l’accueil des migrants qui ne sont pas catholiques, entre mauvaise foi, racisme ordinaire et protectionnisme. Via son espace dédié aux ONG slovaques, ou encore des espaces de discussions sur le ton du théâtre-forum. Pour résumer, le Pohoda Festival a conscience du monde.

 

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Le point d’orgue de cette première soirée au Pohoda Festival porte le nom de PJ Harvey. On a pris une claque. Martiale, la britannique s’empare de la scène de toute sa présence magnétique dès le premier titre. PJ Harvey fait partie des figures majeures du rock mondial. Avec ses vingt-cinq ans de carrière et le record du plus grand nombre de Mercury Prize jamais reçus, la chose est prouvée. Chaque nouveau projet de la britannique est donc au cœur d’un maelstrom d’espoirs et d’attentes. Le dernier en date n’a pas fait exception, d’autant plus que cinq longues années le séparent de l’excellent album Let England Shake. The Hope Six Demolition Project – c’est son nom – nous montre une nouvelle fois que PJ Harvey est une artiste en réinvention constante. Une musicienne engagée aussi, puisque cet opus a été composé au grès d’un périple ayant mené l’anglaise au Kosovo, en Afghanistan et au plus près des injustices qui sévissent à Washington DC.

 

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Après plusieurs concerts épiques donnés à We Love Green, au Primavera Sound, aux Nuits de Fourvière et au Montreux Jazz Festival, PJ Harvey pose ses valises en Slovaquie. Dans le cadre somptueux de ce monde magique à ciel ouvert, la rockeuse se fait pythie des temps modernes. Un concert augmenté par une flopée de musiciens impressionnants, John Parish, Jean-Marc Butty et Mick Harvey en tête.

Quand les premières notes de « Let England Shake » résonnent sous les étoiles de Trençín, la joie du public est immédiate et PJ Harvey offre un de ces classiques de sa voix de grande prêtresse, un peu sorcière. Cette même voix qui nous prendra aux tripes un peu plus tard avec « Bring you my love » où l’anglaise, habitée par une énergie du rock hors du commun, envoûte le public tout à fait conquis. Magistrale, PJ Harvey nous a en plus donné beaucoup l’espoir avec un « The Community of Hope » devenu hymne, repris en chœur par tous. Son dernier album, déjà très puissant dans sa version studio, déploie tout sa force sur scène car PJ Harvey nous plonge en immersion dans le voyage qui a fait l’album en diffusant les sons, les ambiances et les voix qu’elle a été cherché entre le Kosovo et l’Afghanistan.

 

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A suivre … 

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