Sweet sweet summer avec le groove de Bibi Tanga…

Bibi Tanga est né à Bangui en Centrafrique en 1969, mais il y reste peu, balloté d’un pays à l’autre par son père diplomate. Il a 9 ans lorsque sa famille s’installe en France et, dès l’arrivée, sa mère l’inscrit dans un cours de solfège. Première pierre. Attiré par le groove sous toutes ses coutures, que ce soit les épopées funk de James Brown, le falsetto de velours de Curtis Mayfield ou les expérimentations de Sly Stone, il apprend naturellement à jouer de la basse, de la guitare et du saxophone. Le chant et les claquettes aussi. A la maison, il découvre l’universalité de Bob Marley mais aussi le verbe de Brassens ou de Léo Ferré. Adolescent dans les années 80, il s’aventure, bien sûr, près des rivages new wave et punk qui électrisent Paris, Londres et New-York.

bibi tanga

Parce qu’il a poussé entre deux cultures, cette recherche du groove l’emmène forcément à explorer davantage ses racines et bientôt, parce qu’il retourne très régulièrement en Centrafrique, ni l’afrobeat de Fela ni le tout puissant OK Jazz n’ont de secret pour lui. En 2000, soutenu par (l’incontournable) Malka Family, il signe un premier album basé sur une nouvelle dont il est l’auteur : Le vent qui souffle. Mais l’histoire bégaie, les portes et les fenêtres restent closes à ce que Bibi Tanga appelle son « blueypop ». A réécouter aujourd’hui Le vent qui souffle, on comprend mal pourquoi ces dix titres ne s’étaient pas engouffrés sur les ondes des radios, loin des courants d’air chaud.

 

En 2003, les voiles finissent pourtant par se gonfler pour Bibi Tanga qui n’a pas pour autant changer de cap. Ses explorations sonores et ses gigs parisiens l’emmènent à la rencontre de Jean Dindinaud, aka Professeur Inlassable, un DJ français fou de bricole magique, un de ces mecs capables de créer des mondes à l’infini. Dans son laboratoire, il construit un univers musical, harmonise des sons, rythme des mots. Trois platines CD et un Kaoss Pad : ses outils de prédilection à partir desquels il tricote ses collages sonores qui s’inspirent autant de Steve Reich que de Tricky ou encore de Tom Waits.

Les deux hommes se rencontrent dans le parallèle tartif d’une nuit de Saint-Germain des Près. L’alchimie est immédiate, l’entente évidente. L’aliénation des choses qui tournent en boucle et le coup de rein révolté afro-funk de Bibi Tanga se font symbiose, écho du désir d’expérimentation des deux musiciens.

« Pour moi, c’est un peu comme la peinture, explique Jean Dindinaud, derrière la malice de ses petites lunettes rondes. Au lieu d’isoler une couleur, j’isole un son que je module plus ou moins. Je le fais converser avec d’autres sources sonores. Tous les sons tournent en boucle, ils se répètent inlassablement ».

Si Yellow Gauze met en exergue une collaboration particulièrement réussie avec Le Professeur Inlassable, il permet également d’introduire des featurings pertinents parmi lesquels on citera sans attendre la voix gracile et enivrante de Jeanne Added, sur « Yellow Gauze » et « Ladybird », le très jazz. Ailleurs, l’actrice new-yorkaise Marie Griffin pose un spoken word langoureux tandis que Nicolas Repac se fait la guitare du disque.

 

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(ci-dessus : la pochette de Yellow Gauze, Bibi Tanga et son frère enfants à Moscou)

 

Yellow Gauze est une révélation dont personne ne voulait vraiment, encore. Les deux complices devenus amis montent alors L’Inlassable Disque, un label comme meilleure réponse au manque d’enthousiasme du monde du disque effrayé par ce projet hors-norme et pourtant tellement frais, sincère et intuitif, donc forcément original. « Tout part de jam, explique Bibi Tanga. C’est donc très libre ».

La liberté oui, mais la simplicité surtout. Et c’est bien là que se situe la respiration évoquée en introduction. La simplicité des structures augmente la voix de Bibi Tanga, habitée, poétique et politique. Il convoque tour à tour Oscar Wilde dont un vers oublié a inspiré le titre de l’album, lunaire ; la collaboration de Robert Wyatt dont la poésie sauvage inspire Bibi Tanga depuis toujours, un personnage pas loin de Tom Waits sur « Talkin Nigga Brothaz » ou encore la féministe russe Marina Tsvetaeva sur « At War ». Polyglotte, Bibi Tanga chante rappe siffle en anglais, en sango et en français ; comme si chacune des langues contenaient une vérité, une réalité propre. Sur « Ayo », le sango et le gospel fusionnent. Avec « Sur le Fil », la seule chanson en français de l’album, Bibi Tanga parle sans pathos du commerce triangulaire. L’homme a des choses à dire et à montrer.

« Qui souffle le vent récolte le tempo » aurait pu être une phrase écrite pour Bibi Tanga. Sans oublier une arrière pensée tragique sur laquelle pèse les souvenirs réveillés des luttes et des blessures, l’immense décontraction de cet album est libératrice. A écouter puissance mille, de préférence en boucle.

 

BONUS POUR LES CURIEUX – En 2008, le duo devient un groupe sur le même fil rouge lunaire que Yellow Gauze : Bibi Tanga & The Selenites (les habitant de la lune). Ils sortent Dunya en 2009, la première signature du label National Geographic Music et un autre en 2012, 40° Of Sunshine. Mais le must du must reste bien le live.

BIBI TANGA & LE PROFESSEUR INLASSABLE – Yellow Gauze (L’Inlassable disque – L’abeille musique – 2007) 

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