Au fond de l’eau avec Emily Loizeau.

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Mona, ou l’histoire très intime d’Emily Loizeau. Il y a dix ans déjà, elle nous emmenait à l’autre du bout du monde, nous rendait jaloux et nous faisait tomber amoureux d’un Bobby chéri. Emily Loizeau a ce truc de déployer des histoires et de vous embarquer dedans, l’air de rien. Dans Mona, vous plongez littéralement dans les eaux sombres de deux histoires entrelacées.  

D’abord celle de Mona donc, un bébé mal né, d’emblée trop vieux, incapable de trouver sa place dans le monde, qui finira par se noyer à l’intérieur d’elle-même. Première noyade. A la différence de Benjamin Button, elle ne rajeunit pas en grandissant. Avec l’histoire de cette « vieille âme incompatible à la vie », Emily Loizeau raconte en fait celle de sa mère.

« J’ai toujours été très troublée par l’histoire de ma maman, artiste peintre, qui a été une mère formidable, très présente, mais dont la psychose s’est réveillée avec le temps. Les médecins n’ont jamais su nous dire si elle était schizophrène ou bipolaire, ni trouver de traitement. C’est très violent. » 


A ce drame, Emily Loizeau a joint une autre histoire, aussi personnelle mais plus joyeuse : celle de son grand-père, marin pendant la guerre et qui faillit se noyer.  Elle raconte : 

« Il s’est engagé pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans la Navy, et il a failli se noyer pendant le naufrage de son bateau. Ma grand-mère était déjà enceinte de ma mère, et j’ai toujours fait le lien entre ce naufrage et cette vie naufragée. Je ne sais pas si j’ai raison. Mon grand-père est un ancien avocat britannique qui a défendu les grandes causes et qui a eu une vie incroyable. J’avais envie de parler de son engagement car, après les attentats qui nous ont donné à sentir la fragilité et la fracture du monde, on a tous besoin de lumière. Le geste de mon grand-père est pour moi une volonté absolue de croire en demain et en un idéal humain, éthique. »

Au fil de ce cinquième album intime et cathartique, on entend la colère (qui éclate, magistrale, dans le dissonant « Who is on The Phone »), la tristesse mais aussi l’humour d’Emily Loizeau déployé avec beaucoup de finesse, notamment pour souligner l’absurdité prégnante des hôpitaux psychiatriques. Si la musicienne aime par-dessus tout les projets audacieux (comme le slow tour écolo des Cévennes à pied et à cheval en 2013), elle franchit avec Mona un nouveau palier dans la poétique et la fantasmagorie. Et ELLEBORE AIME !

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