Affiche-Saint-Laurent-le-film

Saint Laurent, de Bertrand Bonello


Le pari était risqué, mais Bertrand Bonello a osé. En repoussant la sortie de son film de cinq mois, tous les spectateurs auraient pu se désintéresser de ce Saint Laurent bis. Mais il n’en est rien. Sélectionné à Cannes, le réalisateur a su convaincre la majorité de la critique et une partie du public. Mais pourquoi diable devrait-on revoir la même histoire ?

 

Il y avait Jalil Lespert, gueule robuste du cinéma français, meilleur dans l’interprétation que dans la réalisation (Des vents contraires). Il y a aujourd’hui Bertrand Bonello, réalisant avec Saint Laurent un film d’artiste sur un artiste. En opérant un montage déstructuré, le cinéaste brouille les pistes sur un personnage impalpable et au-dessus du sens commun. Certaines scènes sont très courtes et se confondent telles des illusions sorties de notre subconscient. D’autres sont beaucoup plus longues, où la caméra se faufile sans cesse entre le couturier et une masse informe qui n’est autre que le public, très cher aux yeux de ce génie. 

 

Il y avait Pierre Niney, gamin surdoué mettant tout le monde à terre par une prestation habitée et peu habituelle. Il y a aujourd’hui Gaspard Ulliel, grand revenant du cinéma français qui n’avait jamais eu de telle composition. C’est désormais prouvé, ce phénomène de vingt neuf ans peut faire de grande chose. Sa capacité à se fondre derrière un personnage est déconcertante, et son jeu n’est jamais excessif, mais toujours bluffant. 

 

Il y avait Yves Saint-Laurent, biopic trop timoré et linéaire pour sortir du lot. Il y a aujourd’hui Saint Laurent, film bâtard (non reconnu par Pierre Berger), fantasque et audacieux qui prendra peut-être la route des Oscars l’année prochaine. La différence entre ces deux œuvres est simple. La première informe le spectateur sur ce personnage complexe et tourmenté. La seconde traite cet artiste de manière opposée en créant une expérience singulière, et n’a qu’une volonté : vous la faire vivre de l’intérieur. 

 

Hugo Harnois.

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