Hocus Pocus

A l'occasion de son escale sur la scène des Estivales du Château, Ellébore est allée à la rencontre du groupe Hocus Pocus, histoire de faire un brin de causette avec 20syl, le leader du groupe de hip-hop jazzy acoustique nantais...



 

Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, est-ce que tu peux faire les présentations?

Alors Hocus Pocus est un groupe nantais qui a une quinzaine d'années maintenant. On fait du hip-hop mais un peu particulier, c'est à dire qu'on a des instruments sur scène, on est neuf, donc un orchestre complet avec des grosses influences soul, funk et jazz. On a sorti trois albums officiels et nationaux et on vient de sortir notre nouvel album qui s'appelle '16 pièces'.



Depuis votre première mixtape en 1995, vous avez parcouru un bon bout de chemin, peux-tu revenir sur les étapes clés et la formation de votre groupe?

Disons qu'en 1995 quand on a fait cette première cassette on était 2 rappeurs. Tous les deux on était déjà musiciens avant de commencer à rapper donc on avait déjà cette approche un peu particulière du hip-hop qui était plus tournée vers le côté musical par le biais du sample, du recyclage des sons qui nous intéressaient, et la préoccupation on va dire engagée du texte, elle est venue plus tard. Mais c'est vrai qu'on est venu au rap de manière un peu particulière c'est-à-dire par le texte. Tout ça pour dire qu'on était deux au départ, ensuite il y a Greem, le DJ, qui est venu nous rejoindre et c'est à partir de 2000-2001 qu'on a commencé à travailler avec des musiciens sur scène, en mélangeant les machines et les instruments acoustiques. Alors les grandes étapes ça a forcément été les Victoires de la Musique, sur l'album précédent 'Place 54', on a été nommé dans la catégorie musique urbaine, et puis sinon on a gagné, forcément comme beaucoup de groupes au début, des tremplins, notamment celui des Vieilles Charrues qui nous a permis de jouer sur des belles scènes à nos débuts.



Hocus Pocus, ça évoque la formule magique pour avoir choisi ce nom?

Alors ça date de la toute première mixtape en 1995, qui s'appelait Hocus Pocus et qui était un peu une métaphore filée entre le champ lexical de la magie et celui de la musique, on mélangeait un peu les deux univers, il y avait un côté mystique qu'on a abandonné entre temps pour garder juste le nom.


 

Après 73 touches et Place 54, après la nomination aux Victoires de la Musique, une tournée, un disque d'or, vous avez sorti en mars dernier un nouvel album, 16 pièces. Dans quel état d'esprit vous étiez avant de vous attaquer à ce nouvel opus?

On sortait d'une longue période de tournée après 'Place 54' et on s'est retrouvés en studio pour essayer de créer quelque chose de nouveau en essayant de continuer un peu ce qu'on avait créé entre '73 touches' et 'Place 54'. Le but n'était pas de prendre un virage radical mais plus de conclure une espèce de trilogie qu'on a fait avescces trois albums, d'où la récurrence des chiffres dans les titres, comme si c'était un seul et même album, une continuité on va dire. On a essayé de peaufiner les détails, d'affirmer un peu l'écriture, d'enrichir encore les arrangements, et c'était dans cet état d'esprit, c'est à dire préciser ce qu'on avait fait jusqu'ici et emmener le concept encore un peu plus loin.



Comment vous avez construit cet album?

A la création de cet album il y a d'abord eu une période où est s'est dit que chacun de son côté on allait tous essayer de composer et de produire le maximum de choses qu'on a mis en commun dans un second temps. On s'est retrouvé avec une cinquantaine de compositions dans lesquelles moi j'ai été pioché ce qui m'inspirait le plus pour écrire et pour la suite. Du coup en est sorti une vingtaine de titres sur lesquels j'ai commencé à écrire et au final on en a gardé 16, qui ne sont pas que des chansons, il y a aussi des interludes dans des morceaux très très courts, voilà, c'était l'idée d'égrainer un peu tout ça au fur et à mesure, et d'une cinquantaine de compos on est arrivé à '16 pièces' et ça s'est fait comme ça, en partant d'une base musicale, ensuite chacun vient y apporter ses petits éléments personnels pour en faire un morceau le plus riche possible.


Est-ce que tu peux nous parler des invités qui sont présents sur cet album?

Alors il y a à la fois des gens qui font partie de notre famille musicale nantaise, comme Elodie Rama, Gwen, des gens comme ça, qui sont des amis, des ont des groupes et dont on apprécie la musique, qu'on avait envie d'avoir aussi sur notre album ; on a aussi des rappeurs américains, qui sont les rappeurs des Procussions avec qui on entretient une relation amicale depuis l'album 73 touches, c'est là qu'on les avait rencontrés; puis ensuite il y a des rêves un peu réalisés comme Akhenaton ou Oxmo Puccino, donc là on entretenait le contact depuis les albums précédents où on les avait déjà sollicités, mais où leur planning ne permettait pas faire la collaboration, et du coup sur cet album-là on a réussit à faire coïncider les plannings et ça s'est fait très simplement. J'en garde un super souvenir, ça a été un vrai moment d'échange musical, il n'y avait pas ce côté décalage entre le jeune artiste et l'espèce de légende on va dire, puisque c'est un peu nos mentors en terme de hip-hop, donc de pouvoir croiser le fer avec eux sur un morceau c'est plutôt agréable...

 

 

Dans 16 pièces, tu portes un regard plus sombre sur le monde qui nous entoure, est-ce que c'est la maturité qui veut ça?

Je sais pas si c'est plus sombre, moi je dirais qu'il y a un peu plus de cynisme dans l'observation du quotidien et de la société qui nous entoure. L'évolution de mes textes elle s'est vraiement faite avec l'âge et avec la manière dont je prends conscience des problèmes sociaux qui m'entourent et ça c'est pas un truc que t'as quand t'es ado forcément quoi. Donc voilà, moi j'ai commencé à faire du rap j'avais 15-16 ans et à part me regarder le nombril il n'y avait pas grand chose qui m'intéressait, c'était pas très très engagé les textes, et c'est vrai qu'au fil du temps il y a certains sujets qui m'ont parlé, qui m'ont révolté parfois, et dont j'ai eu envie de parler, et de plus en plus. Je me sens de plus en plus concerné par la société, par la politique, par les injustices, par les inégalités, et du coup j'ai envie d'inclure ça dans mes textes, toujours de manière décalée, avec de l'ironie et plutôt de l'humour, maintenant c'est vrai que dans ce dernier album, il y a un côté cynique et un peu plus sombre, mais je pense que c'est l'âge qui fait ça.


Est-ce que vous pensez à la scène quand vous construisez un album?

Particulièrement pour '16 pièces' où l'album n'étais pas terminé et où on était déjà en tournée, donc ce qui se passait chaque soir sur scène ça nous inspirait directement pour ce qui allait se passer en studio la semaine qui suivait ou le lendemain même, donc c'était une vraie interaction au quotidien surtout pour cet album. Pour les autres albums, en général on essaie de pas trop y penser justement, on se met vraiment dans un configuration album, le temps d'un enregistrement.


Le groupe sur scène a beaucoup évolué puisqu'au départ vous étiez 2 MC's et 1 DJ, aujourd'hui vous êtes 9, pourquoi cette évolution?

En fait ça s'est fait au fur et à mesure. C'est à dire qu'Hocus en acoustique on a commencé à 5, clavier, basse, batterie, DJ et MC, et puis quand on a eu les moyens on a fait venir David le guitariste, parce que voilà ça coûte forcément plus cher quand t'as du monde dans un groupe et puis quand on a plus de moyens on a fait venir la section cuivres, donc ça s'est fait en étape de 3-4 ans à chaque fois d'évolution. On a voulu faire évoluer le collectif plutôt que le porte-monnaie personnel de chacun. Et ça c'est je pense un état d'esprit général dans le groupe qui est assez sain, parce qu'on essaie toujours de mettre la qualité de la musique en priorité plutôt que les individualités, donc voilà ça s'est fait comme ça. Aujourd'hui j'aurais beaucoup de mal à revenir en arrière, et avoir une formule juste DJ-MC's ce serait assez compliqué pour moi.

 

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs sur scène?

Alors c'est parfois des tous petits clubs et parfois des énormes festivals. Donc forcément il y a des festivals comme Solidays, ou un festival au Japon qui s'appelle Hazagiri, où on avait joué le matin et il y avait beaucoup de monde c'était assez impressionnant pour nous. Et puis des petits clubs, des petites salles, je me rappelle de Toulouse où on a joué dans un café-concert à l'automne 2009 et c'était assez fou en terme d'ambiance, les gens étaient vraiment à fond avec nous. Donc voilà c'est deux délires différents mais qui apportent autant d'adrénaline.

 

 

 

Vous êtes nantais, j'imagine que quand vous faites des scènes sur Nantes ça a quelque chose de particulier?

Ca a quelque chose de particulier mais je te dirais qu'il n'y a pas plus d'ambiance qu'ailleurs finalement, ça se vaut un petit peu partout parce qu'on a pas eu un développement très très local avec Hocus Pocus, c'est vrai qu'assez vite on s'est exporté dans les autres villes de France, particulièrement à Paris où il y a avait beaucoup de radios indépendantes qui nous jouaient, et du coup on a un public très fidèle en région parisienne, particulièrement en balieue parisienne je dirais. C'est vrai que ça on le retrouve à Nantes mais parfois un peu moins même parce que quelque part Hocus Pocus à Nantes c'est moins exotique.


Tout à l'heure tu parlais du Japon, pour Hocus Pocus la magie opère aussi à l'étranger?

Oui et ça c'est vrai que c'est un truc plaisant que ta musique elle a différents degrés de lecture, qu'elle peut se prendre aussi sans que le texte soit pris au mot à mot, le texte il est là comme une percussion, comme un instrument supplémentaire, et finalement, les gens arrivent à apprécier notre musique sans comprendre les paroles, ça c'est plutôt agréable à savoir. En France c'est vrai qu'on a un public qui est vachement axé sur ce que je vais raconter dans les morceaux, et puis au Japon ils vont plus prendre juste l'énergie musicale, l'émotion générale des morceaux et c'est agréable de savoir que ça fonctionne aussi comme ça?


Vous êtes en tournée pour tout l'été, vous faites les festivals, encore quelques dates dans la région, le Paléo Festival le 23 juillet, Les Authentiks à Vienne le 27, vous avez des projets après la tournée?

Alors la tournée se prolonge jusqu'en décembre 2010, ensuite il y aura sûrement encore quelques dates en 2011 mais plus étalées dans le temps, et le gros projet qu'on commence à travailler à partir de septembre c'est l'album de C2C qui est un collectif de DJ's on va dire affilié à Hocus Pocus puisque c'est DJ Greem (le DJ d'Hocus Pocus) et moi-même (ndlr: 20syl) qui en sommes à l'origine, ensuite il y a DJ Pfel et DJ Atom qui ont un collectif qui s'appelle Beat Torrent et qui font aussi partie de C2C. Donc voilà on fait l'album de C2C en septembre, enfin on commence en tout cas. Pour la petite histoire, C2C c'est un groupe avec lequel on a gagné 4 fois les championnats du monde de DJ en équipe à Londres, et c'est une histoire qui dure depuis 2000 et qu'on a jamais réussi à mettre en valeur parce qu'on avait Hocus Pocus qui nous prenait beaucoup de temps.

 

 

Quelle est ta playlist du moment?

Alors, je vais dire l'album d'Electro Deluxe qui va sortir en octobre, sur lequel j'ai travaillé en tant graphiste du coup, mais qui est un super album. Qu'est-ce que je pourrais dire encore... Il y a l'album d'un groupe qui s'appelle Tribeqa aussi, c'est un groupe nantais ; une chanteuse, Elodie Rama, dont j'ai parlé tout à l'heure, qui prépare un maxi qui va sortir d'ici peu, une chanteuse américaine qui s'appelle Janelle Monae aussi qui a un album qui est sorti il n'y a pas très longtemps et qui est assez génial. Voilà ça fait déjà pas mal de choses...


 

 

Un mot pour la fin?

Et ben je vous dirais à tous de rester curieux, de ne pas vous satisfaire de ce qu'on vous amène et d'aller chercher vous-même les choses.